PRÉSENTATION DU COLLOQUE
modifié le: 2011-09-01
 

Quels procédés, quelles techniques, quels savoirs et savoir faire, les musiciens mettent-ils en œuvre lorsqu’ils créent ?

Les célèbres promenades et les non moins célèbres carnets d’esquisses de Beethoven ont popularisé depuis le XIXe siècle l’idée que l’activité créatrice des compositeurs était faite non seulement d’inspiration mais aussi de labeur. Malgré l’impact de cette représentation du processus créateur comme travail ou discipline, relativement peu de connaissances à son sujet ont été produites au cours du XXe siècle, par rapport au savoir accumulé par l’analyse de ses produits – c’est-à-dire les « œuvres » musicales au sens large. Une branche de la musicologie, les sketch studies, s’est développée aux Etats-Unis et en Europe dans les années 1970, mais elle s’est limitée par définition aux archives patrimoniales de la musique occidentale savante. Plus récemment, l’étude de l’interprétation et celle des musiques populaires ont conduit à réévaluer les dimensions collectives et collaboratives du travail créateur, tandis que les musiques de tradition orale (électroacoustique y compris) posaient de nouveaux problèmes de sources et de méthodes d’analyse.

Avec les mutations épistémologiques advenues en musicologie à la suite des sciences humaines et sociales à la fin du siècle dernier, la notion de « processus créateur », loin d’avoir été marginalisée, s’est enrichie. Il ne s’agit pas seulement de la remarquable extension des sketch studies aux périodes post- et pré- XIXe siècle. L’abondance récente des travaux sur les processus de création artistique confirme le renouvellement en cours des objets (interprétation et « performance », improvisation, musiques populaires, ingénierie du son et conception informatique, …) et des méthodes (croisements entre musicologie analytique et sciences sociales, entre enquête de terrain et expérimentation cognitive, …). Quelles nouvelles connaissances sur les processus de création se construisent à travers l’intégration de nouveaux répertoires, l’élaboration de nouveaux outils d’analyse, et par le dialogue avec d’autres champs artistiques et d’autres disciplines scientifiques ?

Ce colloque sera l’occasion de rassembler pour la première fois les nombreux chercheurs intéressés directement ou indirectement par l’étude des processus de création musicaux/sonores (passés et présents), et de franchir un pas dans la confrontation et la mise en relation des différentes méthodologies développées depuis une trentaine d’années dans des champs de recherche trop souvent disjoints. Les communications exposeront des présentations analytiques des données (provenant du champ musical ou de champs connexes), et expliciteront les méthodes choisies ou adaptées. Elles pourront ainsi se situer dans la problématique plus vaste de la créativité artistique telle que l’abordent des disciplines non spécifiquement musicologiques : histoire, psychologie, sciences cognitives, sociologie, anthropologie, critique génétique, …